Selon le Wall Street Journal, la Banque Mondiale juge que l'expansion économique mondiale a atteint son sommet, et va progressivement ralentir. La sévérité de ce ralentissement dépendra de l'attitude des investisseurs vis-à-vis de risques économiques, en particulier celui lié à l'achat de bons du trésor américains.
(l'analyse de la Banque Mondiale se trouve ici)
Le meilleur scénario serait un léger ralentissement de la croissance mondiale, de 3,8% du PIB en 2004 à 3,1% cette année. Pour les pays en développement, cela se traduirait par une baisse de la croissance du PIB de 6,6% en 2004 à 5,7% cette année, et 5,2% l'année prochaine.
Pour l'économie européenne, qui a toutes les peines du monde à se maintenir dans les environs de 2% de croissance annuelle, cela ne constitue pas une bonne nouvelle, et augure mal du résultat des différents référendums sur la Constitution prévus dans les différents pays de l'Union.
La Banque Mondiale n'écarte pas une récession globale. Celle-ci pourrait être déclenchée par une moindre accumulation des bons du trésor américains par les les banques centrales asiatiques, principalement celles du Japon, de la Chine et de la Corée du Sud. Ces trois pays, en accumulant de la dette US, maintiennent leurs monnaies respectives à un niveau de change vis-à-vis du dollar favorable à leurs exportations vers les Etats-Unis. Une sorte de subventions à l'export, qui a explosé avec l'appétit continu que montrent les consommateurs américains pour les produits de ces pays. Le tableau ci-dessous (The Economist) indique à quel point la dette du gouvernement américain est détenues par des investisseurs (privés et publics) étrangers.
Avec la chute du dollar depuis un an, les banques centrales asiatiques (et bien d'autres, car il est estimé que les réserves de devises des BC dans le monde sont à 70% constituées de $) voient leurs portefeuilles de devises perdre leur valeur de façon inquiétante. Cependant, ce système, qui consiste en fait à subventionner la consommation américaine, est une nécessité pour maintenir leur activité économique. Les BC asiatiques doivent donc faire le grand écart entre continuer à acheter des dollars et de la dette américaine, et diversifier leurs portefeuilles de devises avec d'autres monnaies, notamment l'euro. Sans affoler les marchés, qui enverraient le dollar par le fond, et feraient baisser de façon inacceptable la valeur de leurs réserves.
Car les marchés sont nerveux devant les multiples déficits américains (balance des paiements, balance commerciale, budgétaire, voir graphique ci-dessous, Angry Bear) dont le gouvernement ne semble que très peu se soucier. Normalement, de tels déficits provoquerait une fuite de capitaux, et une chute de la monnaie nationale. Mais le dollar est une devise refuge, toujours en demande. Cela permet aux Etats-Unis de faire tourner la planche à billet sans faire devisser leur monnaie (la valeur d'une devise dévisse quand la demande pour cette monnaie est en deça de l'offre, ce qui est rarement le cas pour le dollar) Mais dernièrement, l'ampleur des déficits américains a projeté la sphère financière mondiale en territoire inconnu. Et les cambistes, nerveux, n'excluent pas une forte baisse du billet vert.
Ainsi, un tel scénario (baisse abrupte du dollar) forcerait les pays asiatiques à se débarrasser d'une partie de leurs réserves de billet vert, ce qui minerait encore plus la devise américaine, et provoquerait une augmentation de l'inflation aux Etats-Unis. Ceci, en retour, forcerait la banque centrale américaine (la Fed) à augmenter les taux d'intérêts, provoquant un fort ralentissement de l'activité économique. Mais surtout, cela amènerait un crash immobilier (voir tableau ci-dessous, qui montre la croissance du marché immobilier aux Etats-Unis, par Calculated Risk), ce qui réduirait fortement la richesse des ménages américains, et donc enclencherait un ralentissement de la consommation aux Etats-Unis.
Et là, tout le Monde en souffrirait...