Petit retour sur les élections américaines de 2004, avec cette analyse de Michael Barone, auteur de The Almanac of American Politics, publié tous les deux ans par le National Journal.
Extraits:
En apparence, les élections de 2004 ont été très similaires à celles de 2000.
- George Bush affrontait un démocrate libéral qui avait une longue carrière politique à Washington
47 états sur 50 ont voté pour le candidat du même parti politique qu’en 2000. Seuls trois états ont voté différemment : l’Iowa et le Nouveau Mexique sont passés du côté républicain, le New Hampshire a basculé dans le camp démocrate.
En réalité, les élections de 2004 ont été fondamentalement différentes de celles de 2000 ; elles ont été le fruit d’un nouveau type de politique, une politique qui reflète mieux l’ère post-industrielle, une politique de l’ère des réseaux, une politique de l’age de l’Information, caractérisé par des organisations décentralisées, structurées en réseaux.
1996: Bill Clinton est élu avec 49% des suffrages ; dans la Chambre (House of Representatives), 49% des bulletins vont aux républicains, 48,5% aux démocrates.
En 1998, les élections produisent une Chambre à 49% républicaine, et 48% démocrate.
En 2000, Al Gore et George Bush remportent chacun 48% des suffrages ; dans la Chambre, les républicains ont 49% des sièges, les démocrates 48%, encore une fois.
En 2002, les républicains remportent 51% des sièges de la Chambre, et les démocrates 46%.
En 2004, les électeurs au comportement « indépendant » ne représentent plus que 7% de l’électorat, alors qu’en 1988, leur poids était de 15%. Les deux camps adoptent donc des stratégies dont l’objectif est de mobiliser le plus d’électeurs acquis à leur cause, et de maximiser leur participation le jour j. Les deux partis réussissent : le nombre d’électeurs qui se déplacent aux urnes augmente de 16%. Le taux de participation passe de 51% en 2000 à 61%en novembre 2004. Deux records historiques.
Mais à ce jeu là, le Parti Républicain est le meilleur :
- Kerry obtient 16% de bulletins de plus que Gore en 2000
- Bush obtient 23% de bulletins en plus par rapport à 2000
- Les électeurs qui choisissent le candidat démocrate passent de 51 millions en 2000 à 59 millions en 2004.
- Les électeurs qui votent républicain passent de 50 millions en 2000 à 62 millions en 2004.
Les stratégies de mobilisation de deux camps sont différentes.
La stratégie démocrate reste traditionnelle, basée sur
- Actions des syndicats
- Actions des associations ‘527’ (MoveOn, CommonDreams, etc.)
- Militants salariés et structures hiérarchiques en pyramides (command & control)
- Concentration sur les zones géographiques traditionnellement démocrates (quartiers noirs, urbains, etc.)
Le camp républicain adopte une stratégie bien différente.
- Une base de 6 millions d’adresses emails (600 000 pour Dean)
- Une armée de 1. 400 000 volontaires (233 000 pour les démocrates)
- Effort sur les zones géographiques républicaines, mais aussi partout ailleurs
- Comtés ruraux
- Zones exurbaines (exurban areas : banlieues lointaines, au-delà des balieues, construites autour de centres urbains)
Management de la performance des groupes de
volontaires via des indicateurs mesurés chaque semaine. Les plus productifs
sont très encouragés, les moins performants sont remplacés ou invités à
s’améliorer. Chacun est placé devant ses responsabilités, mais tous sont mis en
relation pour que les problèmes et bonnes méthodes soient discutés et partagés
entre les groupes.- Utilisation des réseaux pour recruter les nouveaux volontaires, identifier des électeurs potentiels, et pour établir le contact :
- Réseaux traditionnels : groupes religieux, associations conservatrices, Boy Scouts, corps armés, etc.
- Groupes aux affinités identiques : stratégie
nouvelle consistant à utiliser des méthodes d’analyse de consommateurs pour identifier des groupes d’électeurs aux
valeurs conservatrices – buveurs de Coors (marque de bière) et de bourbon,
télé-spectateurs de foot universitaire, adeptes de Fox News – et pour trouver
des moyens d’entrer en contact avec eux.
Dans chacun des 32 groupes, des points d’inflexions (anger points: avortements tardifs, taxe foncière, commissions d’avocats, etc.) coïncidant avec l’agenda Bush sont identifiés, et un message adapté est conçu.
Depuis 1968, les décideurs de campagnes présidentielles dépensaient énergie, temps et argent à composer des messages télévisés (ou radio) destinés à convaincre les électeurs indécis et peu engagés. La campagne Bush-Cheney de 2004 a dépensé un montant sans précédent d’énergie, d’argent, et de temps à établir un contact personnel avec les électeurs (via la television a joué, c’est sûr) par le biais de réseaux. L’effort démocrate pour inciter leurs électeurs à se déplacer aux urnes a beaucoup dépendu de l’action de staffs salariés qui s’adressaient à des inconnus. Les républicains ont envoyé des volontaires persuader des gens qu’ils connaissaient, ou avec qui ils avaient quelque chose en commun, d’aller voter pour leur candidat. Dans l’Amérique de l’age de l’information, la stratégie du camp Bush a produit plus de résultats. En rassemblant une noyau de 1,4 million de volontaires, la campagne Bush-Cheney a augmenté le niveau de proximité sociale de façon importante.
Des idées pour la campagne du OUI peut-être?














